Dans le nord du Ghana, une transformation remarquable est en cours : ce qui était autrefois considéré comme un simple déchet agricole devient aujourd’hui une nouvelle source de revenus.
Longtemps abandonnés à la décomposition dans les champs et les fermes, ces résidus agricoles provoquaient souvent des feux de brousse dévastateurs, détruisant récoltes et moyens de subsistance, tout en libérant des gaz à effet de serre qui réchauffent le climat.
Aujourd’hui, toutefois, des entrepreneurs innovants redéfinissent ces déchets — non plus comme un fardeau ou un déchet à éliminer, mais comme une ressource pouvant être transformée en nouveaux produits.
Parmi ces entreprises figure Tamworld Company Ltd., qui démontre que les « déchets » ne sont rien d’autre qu’une ressource inexploitée en attente de vision et d’investissement.
En convertissant jusqu’à 10 tonnes de sous-produits agricoles par mois en briquettes de biomasse — et en revenus supplémentaires —, cette petite entreprise contribue à réduire les émissions, à prévenir les feux de brousse destructeurs et à générer de nouvelles sources de revenus, tout à la fois.
Partenaire de Mennonite Economic Development Associates (MEDA), le modèle d’économie circulaire (CE) de Tamworld est un exemple éloquent de la manière dont la réduction des déchets, la réutilisation des matériaux et la régénération des systèmes naturels peuvent avoir un impact économique et environnemental. En collaborant avec 20 petits exploitants agricoles et collecteurs de déchets pour s’approvisionner en matières premières, en employant 30 ouvriers dans la production et en engageant 15 employés dans la vente et la distribution, Tamworld a bâti une entreprise prospère qui fait vivre plus de 65 personnes.
Pourtant, le succès de Tamworld n’est pas le fruit d’un effort isolé. L’entreprise collabore également avec un vaste réseau d’investisseurs, de spécialistes de la gestion des déchets et de fournisseurs de technologies, afin d’améliorer son efficacité de production et d’étendre sa présence sur le marché. Cette approche collaborative met en évidence une vérité essentielle : l’économie circulaire repose sur la connexion. Ce n’est que lorsque tous les maillons de la chaîne de valeur s’unissent que peuvent émerger des solutions plus solides et des marchés plus inclusifs, capables de générer des résultats positifs et durables. Aucun entrepreneur, praticien ni investisseur ne peut opérer cette transformation seul — elle exige un changement systémique et une collaboration à l’échelle de l’ensemble des systèmes de marché.
Mettre en œuvre les pratiques d’économie circulaire au niveau des entrepreneurs
Les entrepreneurs sont à l’avant-garde de l’économie circulaire, transformant les déchets en produits de valeur capables de générer de nouvelles sources de revenus tout en répondant aux défis environnementaux.
Dans le secteur agricole, des entreprises comme Tamworld transforment désormais des sous-produits autrefois gaspillés en produits à forte valeur ajoutée tels que des briquettes pour la cuisson propre, des aliments pour animaux ou encore des engrais organiques. Cependant, la transition vers la circularité ne se fait pas sans défis.
Les entreprises circulaires restent avant tout des entreprises. Dans de nombreux marchés, les entrepreneurs ne peuvent pas sacrifier leur rentabilité au nom de l’impact environnemental ; il est donc essentiel de démontrer la viabilité économique des modèles d’économie circulaire. Qu’il s’agisse de réductions de coûts, d’augmentation des revenus ou d’autres avantages commerciaux, ces entreprises ont besoin d’un argument économique solide pour adopter et pérenniser les approches circulaires.
Combler les lacunes du système d’économie circulaire
Par ailleurs, en tant qu’entreprises, nombre des défis rencontrés dans la mise en œuvre des modèles d’économie circulaire (EC) sont similaires à ceux auxquels font face toutes les petites et moyennes entreprises (PME).
Les approches éprouvées d’accélération d’entreprise constituent donc un levier essentiel pour aider ces entreprises circulaires à croître. C’est ici que la collaboration devient cruciale : elle permet aux entrepreneurs d’accéder aux technologies et aux infrastructures nécessaires pour transformer leurs produits — grâce à la fois au financement et à l’accompagnement technique. Enfin, la réussite de ces modèles dépend également de la création d’écosystèmes favorables, reposant sur des partenariats entre producteurs agricoles, PME, organisations non gouvernementales (ONG), investisseurs et décideurs publics, afin de surmonter les obstacles à l’adoption de l’économie circulaire.
Les ONG jouent un rôle crucial dans la réduction des écarts à l’échelle du marché qui entravent l’adoption des modèles d’économie circulaire. TechnoServe, par exemple, a constaté dans le cadre de ses travaux sur l’économie circulaire dans plusieurs pays qu’il existe souvent des défis à l’échelle du marché, tels qu’une demande naissante, des chaînes d’approvisionnement fragmentées, une main-d’œuvre qui n’a pas été formée aux compétences circulaires et un manque de produits financiers adaptés aux entreprises circulaires. Pour relever ces défis, il faut adopter une approche systémique qui exige à la fois collaboration et innovation.
Comme le souligne l’étude « Inclusive Loops » de TechnoServe, le passage à l’économie circulaire ne consiste pas seulement à réduire les déchets, mais aussi à ouvrir de nouveaux marchés, à réduire les coûts et à créer un avantage concurrentiel pour les entreprises désireuses d’innover. Les bons investissements et les bons partenariats peuvent transformer les obstacles d’aujourd’hui en moteurs économiques de demain.
Financer un changement systémique et durable vers la circularité
Combler les lacunes systémiques nécessite également la mise en place de mécanismes de financement adaptés.
La philanthropie a un rôle essentiel à jouer pour accélérer la transition vers l’économie circulaire — mais elle doit aller au-delà des modèles de financement traditionnels. Comme le souligne la Fondation Anglo American, la philanthropie ne devrait pas seulement financer la circularité, mais devenir une composante intégrée du changement systémique qui la rend possible.
Cette transition nécessite un engagement en faveur d’un financement durable et flexible, reconnaissant que le temps et l’adaptation sont essentiels pour passer à des modèles d’économie circulaire. Les innovateurs, entrepreneurs et communautés doivent disposer du temps nécessaire pour concevoir, tester et développer à grande échelle des solutions durables. Il est tout aussi important d’investir dans des solutions inclusives et localement portées. L’économie circulaire n’est pas un modèle unique applicable partout : ceux qui vivent les défis au quotidien sont les mieux placés pour concevoir des solutions concrètes et évolutives.
En définitive, transformer les industries et les comportements exige des actions audacieuses. La philanthropie doit être prête à financer des projets qui remettent en question le statu quo, en soutenant de nouveaux modèles économiques, des technologies innovantes et une approche systémique du changement. Au-delà du soutien financier, les acteurs philanthropiques peuvent également ouvrir des portes, relier les parties prenantes et favoriser le partage des connaissances, afin de promouvoir une transition vers l’économie circulaire plus inclusive et collaborative.
L’avenir de la collaboration en économie circulaire
L’économie circulaire représente l’avenir du monde des affaires. Mais elle ne se construira pas seule. Elle nécessite des bailleurs de fonds prêts à prendre des paris audacieux, des décideurs capables d’ouvrir la voie, et des entrepreneurs dotés de la vision nécessaire pour réinventer des secteurs entiers.
Lors de la conférence panafricaine ANDE 2025, plusieurs recommandations clés ont été formulées afin d’accélérer l’adoption de l’économie circulaire dans le secteur agricole. Tout d’abord, les programmes de formation destinés aux PME doivent être développés afin de renforcer leurs capacités en matière de transformation des déchets et de création de valeur ajoutée. Deuxièmement, la transparence et la concurrence dans le secteur de l’EC devraient être encouragées en garantissant un marché concurrentiel pour l’agrégation des déchets et des pratiques commerciales équitables parmi les PME axées sur l’EC. Enfin, des mesures incitatives ciblées devraient être mises en place pour encourager les PME à adopter et à développer des modèles d’économie circulaire dans le cadre de leurs activités.
Les déchets agricoles recèlent un potentiel considérable pour créer de nouvelles opportunités économiques, permettant aux entrepreneurs de diversifier leurs sources de revenus et de renforcer leur résilience — à condition que tous les maillons de la chaîne de valeur agissent de concert.
Une économie circulaire dynamique ne peut prospérer qu’avec la mobilisation de tous les acteurs.
En investissant dans la connexion, la collaboration et l’innovation, nous pouvons bâtir un avenir où les déchets deviennent des ressources, où les entreprises prospèrent, et où les communautés en tirent un bénéfice durable.